Lettre n° 03 du Père Directeur de la Milice de l’Immaculée – 17 octobre 2016

Récitez le chapelet tous les jours!

Très chers Chevaliers de l’Immaculée !

L’« Auguste Mère de Dieu », « Mère de Miséricorde »

En ce jour anniversaire de la fondation de la MILITIA IMMACULATAE, le 17 octobre 1917, par Saint Maximilien Kolbe, permettez-moi de Vous adresser cette troisième lettre afin de Vous encourager de continuer ce mois du saint rosaire avec le désir immense et la ferme résolution d’obéir au Cœur Immaculé quand Elle exige de nous de prier le chapelet chaque jour.

Nous vivons aujourd’hui, plus qu’auparavant, dans de terribles temps apocalyptiques ; aussi devrions-nous  être profondément impressionnés par les paroles de sœur Lucie : « Et maintenant Dieu nous donne les deux derniers outils du salut : la dévotion au saint rosaire et au Cœur immaculée de Marie ». Avec ces outils seulement nous sauverons nos âmes et les âmes de bien d’autres. Nous, chevaliers, devons être en première ligne, prenant part à la campagne de la croisade du rosaire instituée par notre supérieur général pour faire connaître et aimer Ses requêtes solennelles finalement exaucées pour le bien de notre Sainte Mère l’Eglise et le salut de nombre d’âmes.

Mais soyez attentifs : il ne suffit pas de simplement réciter le chapelet. Nous devons avoir une véritable dévotion envers lui, en saisissant le trésor caché de cette prière mystérieuse. Saint Louis-Marie Grignon de Montfort lui-même médite profondément ce trésor caché dans son livre sur l’ »Admirable secret du rosaire » et le pape Léon XIII dans ses encycliques sur le rosaire, l’explique en ces termes : son « corps » extérieur, son « aspect matériel », est la prière vocale, mais l’aspect intérieur, « l’âme » est la méditation sur les mystères de la vie de Notre-Seigneur à travers Notre-Dame.

Dans cette lettre, laissez-moi tout d’abord donner une réponse à la question : pourquoi le rosaire est-il si important à notre époque ?

Le rosaire est vital pour nous en tant que chemin parfait pour pénétrer les mystères de Jésus a travers Marie. Le ROSAIRE EST UN RACCOURCI pour entrer dans le mystère de NOTRE-SEIGNEUR. En particulier pour les hommes et femmes d’affaires de notre temps, le rosaire est LE moyen le plus simple de méditer notre foi : peut-être pas tous ses mystères, mais certainement les plus essentiels mystères de notre foi, les plus nécessaires à notre salut.

Les mystères joyeux – la venue du CHRIST dans ce monde – nous rendent manifeste le fait que le centre de la création n’est pas l’homme (contrairement au culte moderne de l’homme), n’est pas le paradis sur terre, n’est pas la courte vie de chacun, mais LE CHRIST NOTRE SEIGNEUR, présent parmi nous.

Les mystères joyeux fixent notre regard sur Lui et nous aident à vaincre la tentation de mettre les mensonges et illusions du monde comme centre de nos vies.

Les mystères douloureux nous montrent la MANIÈRE selon laquelle nous devons vivre sur la terre : « Portez votre croix chaque jour » ! C’est là la grande loi d’amour qui consiste à s’oublier soi-même et à s’offrir à la gloire de Dieu et pour le salut des âmes, en nous identifiant nous-mêmes aux souffrances de Notre-Seigneur.

Et les mystères glorieux nous montrent le BUT de nos vies : non les succès terrestres, mais la gloire éternelle méritée par la Résurrection de Notre-Seigneur. Au sein de ces trois séries de mystères nous avons l’essentiel de notre vie spirituelle : la fondation (Emmanuel – Dieu est avec nous), la voie (Via Crucis) et le but (gloire éternelle). De cette manière le rosaire nous illumine et nous libère des dangers de cette vie où nous arpentons des chemins trompeurs qui mènent à la perdition.

En second lieu, laissez-moi vous présenter de plus profonds aspects du très saint rosaire, parce que cette prière amène à nous, à travers Marie, Dieu Lui-Même et nous ramène à Dieu par Marie ! Cela signifie que la dévotion au Saint Rosaire est le chemin le plus court et le plus sûr vers la sainteté !

1/ Marie nous emmène dans les profondeurs du Mystère de Dieu Lui-même ! Dans le rosaire, Elle nous révèle l’admirable mystère des mystères, la très sainte Trinité.

Dieu Lui-même se rapproche de nous à travers le rosaire. Le cœur aimant de notre Mère nous donne, à nous ses enfants, un cadeau merveilleux : Dieu lui-même !

Par les mystères joyeux, nous découvrons Dieu le Père comme étant la source et la fontaine de tout bien, en particulier du plus grand de tous, notre propre salut. Il envoie Son Fils sur terre ! Dieu le Fils est la révélation de Dieu au monde, le soleil spirituel qui disperse les ténèbres par Sa Nativité et qui, dans son enfance, édifie les docteurs de la Loi au temple. Dieu le Saint-Esprit accomplit le mystère de l’Incarnation et à travers Ses inspirations apporte la grâce de Dieu dans ce monde. Il est présent durant la visitation de Notre-Dame et lors de la sanctification de Jean-Baptiste dans le ventre de sa mère Élisabeth, ainsi que lors de la présentation de Jésus au temple où il éclaire et sanctifie Siméon et la prophétesse Anne.

Par les mystères douloureux, nous méditons certains actes particuliers de la miséricorde infinie de Notre Seigneur. Ici Notre Mère ouvre nos yeux sur les profondeurs du Cœur de Jésus lors de son agonie à Gethsémani.  Que se passa-t-il là-bas ? Nous entendons les battements de Son Cœur, Lui le Très Saint, le plus beau, le plus parfait et simultanément le plus accablé par l’infinie masse d’horreur et d’agonie du péché, de la corruption morale de l’homme et ses repoussantes insultes. Nous voyons là un immense acte de miséricorde par la façon dont Il accepte toutes ces horreurs, afin qu’Il paie le terrible prix du mal et le détruise par le sacrifice de Sa propre vie. Et nous voyons de la même manière la miséricorde du Père qui envoie l’ange de l’agonie pour renforcer Son Fils dans le jardin, afin que le Christ puisse suivre le chemin de l’amour miséricordieux jusqu’à son terme. La flagellation et le couronnement d’épines sont la miséricorde de Dieu en action: ici et maintenant sont détruites les ténèbres à travers le paiement du Très Précieux Sang, Son corps lacéré et Sa tête percée d’épines. La miséricorde de Dieu n’est pas une plaisanterie ; elle n’a rien d’une sensiblerie.

Le Fils de Dieu attire à lui la plus grande de toutes les oppressions possibles afin de libérer les pécheurs de l’esclavage du péché. La miséricorde de Dieu nous apporta notre rédemption, mais à quel prix ! Et ne pouvons-nous pas comprendre le portement de la Croix et la mort du Christ comme une participation spéciale du Saint-Esprit dans cette œuvre de la miséricorde de Dieu ? La force du Christ qui se relève après trois chutes atroces; l’aide et la consolation qu’Il accepta de Symon de Cyrène et de Véronique; la présence de la Mère de Miséricorde Elle-même sur le chemin de croix – derrière tout cela le Saint Esprit se révèle discrètement, menant la tache de la rédemption à sa dernière fin et ultime totalité. Et le drame culmine sur le mont Calvaire. Chaque divine personne est présente : le Père, qui sacrifie jusqu’à la fin ce qu’Il possède – Son Fils ! Le Fils, qui aime « jusqu’à la fin » à travers toutes des souffrances inimaginables ! Le Saint-Esprit, qui réside dans le Cœur Immaculée de Marie, présente au pied de la croix, la flamme de l’amour éternel de Dieu en Son cœur brûlant et brillant dans Sa compassion et sa tristesse infinie !

Dans les mystères glorieux, L’AMOUR INFINI apparaît dans le triomphe et l’éternelle efficacité de l’entière œuvre du salut. Nous assistons à la révélation finale et éternelle de la gloire de Dieu, Sa sainteté, et majesté, d’abord par le triomphe de l’amour de Dieu dans le miracle de la résurrection. L’Ascension est le retour triomphant du Christ au paradis accompagné des membres de Son Corps Mystique. Et le mystère central est l’envoi du Saint Esprit – LE FEU DE L’AMOUR DE DIEU ! Au paradis tous les désirs seront réalisés dans la paix et la joie éternelle. Et les deux derniers mystères glorieux nous montrent la joie dans sa plus parfaite réalisation, quand à travers l’Immaculée toute la création commence à retourner vers Dieu. Le couronnement de Marie est à la fois la révélation définitive de tout l’amour de Dieu, qui L’emplit de Lui plus que tous les saints et anges du paradis, et l’ultime victoire et achèvement de l’ordre créé quand « Dieu sera tout en tout ! »

2/ Marie nous emmène vers la réalisation la plus profonde et l’objectif de la création : Elle nous fait comprendre qui nous sommes réellement et ce que nous devrions être aux yeux de Dieu.

Saint Thomas nous enseigne qu’Elle est la représentante de tout l’humanité et qu’en Elle uniquement nous pouvons atteindre notre propre réalisation, qui est l’union avec Jésus Christ qui nous est donné par Elle, Elle qui nous purifie, transforme, sanctifie, et qui au final nous glorifie.

Au travers les mystères joyeux Elle apparaît comme l’origine, la source, la fontaine, le début solennel de notre véritable vie d’ »enfants de Dieu”; en Elle nous voyons la réalité de toutes les créatures: que la source de nos vies n’est pas le monde ou la créature mais est Dieu, de qui tout le monde dépend totalement. Chaque mystère montre un « début », la révélation de la source et fontaine de l’existence, et la relation d’une créature avec son créateur.

Depuis que fut commis le péché originel, le monde entier gémissait dans l’attente d’un Sauveur (cf. Rom. 8:20-22), dans son désir d’être délivré de l’esclavage du péché et du diable pour être porté à la « liberté des fils de Dieu ».  Cette délivrance démarre à l’Annonciation, lorsque Marie répond à l’ange et reçoit le Fils de Dieu incarné dans ce monde. A ce moment, la création – enfermée dans l’esclavage du diable et perdue dans les ténèbres – reçoit une lumière écrasante et regagne la liberté par cette nouvelle création, reconstruite sur de fondations nouvelles, de nouveaux principes, et une nouvelle loi. Parce que Dieu est maintenant avec nous (Emmanuel), nous trouvons un nouveau centre de gravitation, une nouvelle forme de vie, « un nouveau cœur ». Dans la mesure où nous orientons tout vers ce centre, qui est DIEU EN NOUS, tout devient intelligible, harmonieux, beau, pure et saint.

La visitation nous montre un autre « commencement », l’inauguration du travail de la grâce de Dieu à travers la sanctification de Saint Jean. Le plus grand présent lui fut apporté par Marie. Sa visitation fut le début de sa propre sainteté. Et en cela nous pouvons avoir confiance que Dieu ne change pas : ce qu’il fait une fois, il continuera à le faire. Si le premier miracle de grâce fut accompli à travers Marie, alors Il continuera à sanctifier les hommes par Marie. A travers Marie, Notre-Seigneur Jésus-Christ rend visite à chaque âme et y déverse la grâce sanctifiante. C’est le début de notre retour à Dieu, le début d’un nouveau monde, à travers Marie.

La Nativité nous montre que ce monde rénové n’existe pas seulement dans les profondeurs du cœur ou dans une invisible intimité. Nous devons voir, entendre, faire l’expérience. Cette nouvelle fondation doit être visible ; si elle ne l’est pas, personne ne peut construire dessus. Comment l’Éternelle Sagesse nous devient-elle visible ? Sous la forme d’un petit enfant. Jusqu’à la fin du monde Marie continue d’apparaître à l’humanité avec Son Enfant dans Ses bras, comme en témoignent d’innombrables images et icônes. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela nous donne la condition que nous devons respecter, qui doit nous servir à construire notre vie sur l’unique vrai fondement, sur le fondement de la grâce de Dieu : nous devons devenir de petits enfants, SES enfants.

La Présentation au temple est également un « commencement », nous enseignant un acte humain sublime et essentiel qui est le début de tout ce qui est vrai, bon et sage : l’offrande, le sacrifice ! A nouveau, Marie fut la première à présenter cette offrande, et Son sacrifice fut le plus grand : Elle donna à Dieu tout ce qu’Elle avait. Elle offrit l’âme de Son âme, le cœur de Son cœur : Son propre Fils. Cela ne faisait que 40 jours qu’Elle L’avait reçu de Dieu et déjà Elle Le rendait au Père, en Le présentant au temple. Ceci est l’occasion de méditer un grand principe qui doit dominer nos vies spirituelles : si vous voulez recevoir, vous devez donner ! Si vous voulez recevoir plus, vous devez donner plus. Seul celui qui donne tout, reçoit tout !

Pour finir, en méditant sur le mystère du recouvrement de Jésus au temple, le Cœur immaculée de Marie nous enseigne une autre condition essentielle à respecter si nous souhaitons vivre une nouvelle vie spirituelle en Elle. Par nos propres forces nous ne pourrons jamais faire de sacrifices et apporter l’harmonie de manière valable dans nos vies. Seule la constante recherche de Notre-Seigneur, Son visage, Sa volonté et Sa doctrine nous permet de quitter notre monde étroit et fermé. Qui cherche, trouve !

Dans les mystères douloureux, Marie nous apparaît comme « le chemin qui nous mène au paradis ». Elle nous montre ici à quoi notre recherche quotidienne de Dieu doit ressembler.

Les premières expériences rencontrées sur notre chemin vers Dieu sont très humiliantes, mais la méditation sur l’agonie de Jésus nous montre que nous ne sommes pas même capables de faire un seul pas par nous-mêmes. Tout comme les apôtres qui dorment, comme Judas qui trahit, nous fuyons, nous évitons, nous L’abandonnons. Alors nous nous tournons, plein de tristesse, vers Elle, qui peut nous ramener à Ses pieds, juste pour pouvoir entendre le cri du Sauveur agonisant : « Donne-moi le calice rempli de tes péchés ! Je les prends tous ! Je paie le prix pour tous ! » Nous ne pouvons pas recevoir Son infini miséricorde si nous ne Lui confessons pas toute notre honte et notre souillure, si nous ne Lui permettons pas d’être miséricordieux envers nous. Alors la flagellation et le couronnement d’épines réveillent en nous une douleur et un cri aigus : « C’est moi qui Vous ai provoqué par mes impuretés et mon orgueil. J’ai pris moi-même part à Votre torture ! Et maintenant, même si par la grâce de Dieu je suis rempli de contrition, je demeure pourtant la plus faible créature au monde. Je dois voir comment mes péchés et ceux de mes congénères ont causé de la souffrance à votre saint corps et à votre chef sacré. » Cette impuissance est une torture pour quiconque aime, quiconque veut faire quelque chose pour le bien-aimé ! Maintenant une nouvelle expérience implante en nous des conditions essentielles pour un retour à Dieu solide et constant : le remords et l’humilité. Et seulement sur le chemin de la croix pouvons-nous commencer à faire quoique ce soit pour notre Seigneur bien-aimé : avec Simon le Cyrénéen nous pouvons concrètement L’aider à porter la croix ; avec Véronique nous pouvons essuyer son visage avec le voile de compassion. L’entièreté du chemin de notre retour vers Dieu peut se passer à se préoccuper de telles choses : des choses insignifiantes par elles-mêmes peut-être mais toujours faites avec le plus grand amour ! Mais seulement au cinquième mystère douloureux nous recevons la Nouvelle Loi qui doit nous pénétrer, sans laquelle nous ne pouvons persévérer : assister à la passion du Christ avec Sa Mère, méditer les blessures du Sauveur partout et toujours à travers Ses yeux, et L’aimer avec Son cœur douloureux. Ainsi un acte essentiel de notre long retour à Dieu, le voyage de notre vie, est la participation au Saint Sacrifice de la messe. Nous tenir avec Elle au pied de la Croix, nous entendons Notre-Seigneur nous donner Sa Mère, devenant ainsi notre mère, rendant nos cœurs similaires à Son Cœur, remplis d’amour pour Dieu et pour le salut des âmes.

A travers les mystères glorieux, Notre-Dame nous montre l’unique but de nos vies, la destination de notre retour à Dieu. Elle nous rappelle « pourquoi et pour qui tout est », parce qu’Elle sait que nous pouvons facilement oublier la plus essentielle et « l’unique chose nécessaire ». Par-dessus tout, Elle nous donne le courage de ne pas désespérer quand les obstacles et l’adversité semblent bloquer notre chemin vers le ciel.

La méditation de la Résurrection remplit nos âmes d’un grand étonnement, d’une joie si profonde : une telle victoire, un tel triomphe du Christ sur tous ! Qui peut refuser l’Amour de Dieu ! C’est pour nous que le Christ se leva d’entre les morts, pour nous montrer notre propre future résurrection. Nous ressusciterons aussi, si nous persévérons fidèlement jusqu’au sommet de la vie spirituelle, dans la pratique du plus haut des commandements. L’humanité régénérée et éternellement bienheureuse de Notre-Seigneur est le modèle et la forme de notre future vie glorieuse au paradis. L’amour pour l’amour ! Si nous L’aimons jusqu’à la fin, si nous sommes crucifiés et enterrés avec Lui, alors nous ressusciterons également d’entre les morts avec Lui.

A travers la méditation sur l’Ascension, Notre-Dame nous montre la triomphante marche de la victoire du Roi des Rois, son retour glorieux au Père. Ceci est une vision que nous appelons l’extase de l’amour : être absorbé en Lui, concentré en Lui, quand Il est entré dans le royaume céleste. Marie nous remplit de Sa propre fascination à la vue du Christ, Roi de l’Amour « vêtu d’une longue robe, et ayant une ceinture d’or sur la poitrine. Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche, comme de la neige ; ses yeux étaient comme une flamme de feu ; ses pieds étaient semblables à de l’airain ardent, comme s’il eût été embrasé dans une fournaise ; et sa voix était comme le bruit de grandes eaux. Il avait dans sa main droite sept étoiles. De sa bouche sortait une épée aiguë, à deux tranchants ; et son visage était comme le soleil lorsqu’il brille dans sa force » (Apocalypse 1 :13-16). La glorieuse figure du Seigneur ressuscité devrait nous toucher tout comme elle a touché Paul lorsque la vue du Christ devant les portes de Damas le jeta au sol et fit de lui un prisonnier à jamais, un serviteur, un ami et un apôtre du Christ. A partir de ce jour, une seule chose était profitable à Paul : « Ma vie, c’est le Christ ! » C’est aussi le plus grand désir de Marie, que nous soyons ravis comme l’apôtre des gentils, et comme Elle, dans l’immense amour de Son Fils.

La descente du Saint-Esprit nous emmène au cénacle, où le Saint-Esprit « allume le feu de Son Amour » en nous, tout comme lors de la Pentecôte Il a suscité la flamme de Son amour sur Notre Céleste Mère, les apôtres et les disciples. Nous La voyons au centre, entourée par les apôtres, une réunion fascinante ! Il est impossible d’imaginer comment Marie pouvait être lorsque le feu du Saint-Esprit pénétra en Elle. Bien après, Elle apparaîtra aux âmes privilégiées et les voyants tenteront d’expliquer Sa beauté céleste et Sa majesté.

A Fatima : « Elle était plus brillante que le soleil, et irradiait une lumière plus claire et plus intense qu’un verre de cristal rempli d’eau pétillante traversée par les rayons ardents du soleil ».

A La Salette : « Soudainement je vis une magnifique lumière, plus claire que le soleil… Je regardai attentivement vers cette luminosité ère. D’abord, elle était immo

Dormition de la Vierge, Caravage

bile, mais bientôt après je vis une autre lumière, encore plus brillante et mouvante, et à l’intérieur de cette lumière, notre très belle Dame ».

 

A Lourdes, à Sainte Bernadette : « Son apparence était différente car il émanait de sa silhouette une lumière incroyable, et elle était belle, si miraculeusement et complètement différemment belle que Bernadette, même si elle avait été une peintre parfaite, n’eut  pas été capable de réaliser Son portrait même avec les outils les plus parfaits… Bernadette vit une mince silhouette de taille moyenne. Elle avait l’air très jeune, peut-être une femme d’une vingtaine d’années. Mais cette beauté et cette jeunesse avaient en elles quelque chose d’extraordinaire. Cela semblait être une jeunesse qui ne s’était jamais et qui ne pourrait jamais s’enfuir – une jeunesse éternelle. Et pourtant il y avait quelque chose d’autre dans cette jeunesse, impossible à décrire avec des mots. C’était comme si avaient été jointes la grâce presque enfantine de la plus pure des vierges avec la grave et infinie compréhension, l’infinie bonté d’une mère et la monarchique majesté d’une reine ». Ne pouvons-nous pas voir dans ces descriptions le pouvoir du Saint-Esprit, qui en louant Sa beauté et en La remplissant de lumière veut nous élever nous aussi aux hauteurs de Son amour ?

Ainsi fut-Elle la première à atteindre le sommet infini du mystère de Dieu. Le voyage vers le ciel que fut sa vie fut comme une immense flamme d’amour : elle mourut littéralement d’amour. Cela devînt visible durant son Assomption, quand, elle fut le premier membre de l’humanité à atteindre le but, vers lequel elle mène tous Ses enfants. La mort (dormitio ou repos) de Marie est considérée comme la plénitude de Son amour, comme une mort d’amour. Son amour était si immense que rien ne pouvait plus La retenir sur cette terre. Et ce dernier mystère glorieux n’est qu’un chant d’admiration pour Son triomphe éternel. Mais ce serait une erreur de penser que parce qu’Elle est au paradis et ainsi loin de nous, parce que nous demeurons ici sur la terre. Bien qu’Elle soit au paradis, Elle n’est absolument pas loin, parce qu’ici et maintenant Elle prend soin de Ses enfants. La Reine des Cieux et de toutes les créatures devraient attirer nos yeux et nos cœurs. En Elle, tous Ses enfants sont appelés à recevoir la couronne de gloire. La méditation du mystère du Rosaire devrait nous mener vers une telle attitude, que spirituellement nous préférerions demeurer là, dans le mystère de Dieu, qu’ici sur terre. Voilà notre vraie réalité ; ici-bas la vie n’est qu’une ombre. Là-bas est notre cœur ; ici notre exil.

En Elle nous pouvons nous exclamer avec saint François : « Mon Dieu et mon Tout ! »

Shanghai, le 17 octobre 2016

Abbé Karl Stehlin

Lettre n° 02 du Père Directeur de la Milice de l’Immaculée – 26 juillet 2016

La mort héroïque de saint Maximilien Kolbe

Très chers Chevaliers de l’Immaculée !

Le 14 août 1941, veille de l’Assomption, saint Maximilien fut tué par une injection d’acide phénique au camp d’Auschwitz. Il y était emprisonné depuis le 17 février, enfermé là par les esclaves d’Hitler en raison du courage qu’il mettait à respecter les principes de la foi catholique contre les envahisseurs nationaux-socialistes. Il avait été transféré à Auschwitz en mai, où il souffrait plus que les autres prisonniers parce qu’il était prêtre. Un jour, vers la fin du mois de juillet, l’un des prisonniers s’échappa. Comme punition, le commandant ordonna que dix autres prisonniers soient condamnés à une mort atroce – mourir de faim et de soif dans le sombre « donjon de la faim ».

Camp d’Auschwitz

Lorsque l’un d’entre eux commença à pleurer de désespoir : « Oh ma pauvre femme ! Mes pauvres enfants ! Qui prendra soin de vous ? », le père Kolbe s’avança vers le commandant et dit fermement : « Je demande à mourir à la place de ce père de famille ».

Le commandant resta stupéfait pendant un moment. Une requête de ce genre était impensable.

« Et pour quelle raison ? », demanda-t-il à Kolbe. « Parce que je suis vieux et faible et qu’il a une femme et des enfants ».

« Qui es-tu ? », demanda le commandant.

« Je suis un prêtre catholique. », fut la réponse.

Sa requête fut acceptée. Pendant les 10 jours passés dans le donjon il prépara tous les autres condamnés à mourir en paix avec Dieu et à entrer au paradis. Lorsqu’après tant de jours il fut le dernier à être conscient, l’ordre fut donné de le tuer.

Désirant commémorer le 75ième anniversaire de sa mort héroïque, je veux vous écrire cette seconde lettre.

Le Père Maximilien s’est préparé à cette mort toute sa vie, poussé en cela par un événement extraordinaire qui a eu lieu pendant son enfance et que nous connaissons grâce à sa mère. Inquiet de son propre caractère difficile qu’il avait du mal à dominer, le garçon de 10 ans commença à prier avec ferveur Notre-Dame pour Lui demander Son aide. Un jour, la Mère céleste lui apparut avec deux couronnes dans les mains, une rouge et une blanche : la blanche, expliqua-t-Elle, est la couronne de pureté, la rouge, du martyre. Lui demandant laquelle choisira-t-il, il répondit qu’il prendra les deux ! Bien qu’il ne parla jamais de ce miracle à personne durant sa vie, il est aisé de comprendre que cette vision orienta toute sa vie, inspira toutes ses décisions, le guida dans toutes ses entreprises et le prépara finalement à l’acte qui couronna sa vie d’amour : sa mort héroïque ! C’est de cette vision que furent formés ses principes, règles de vie et conduite personnelle. Cette vision fut la première et principale invitation de la Reine du Ciel à devenir Son chevalier. Quand il répondit généreusement et fut le premier à être enrôlé, par Elle-même, en tant que Chevalier de l’Immaculée, Elle lui promit les deux couronnes.

Maintenant, à travers Ses instruments, ELLE vous a invité à devenir Son Chevalier. Et quand vous avez répondu généreusement et avez pris votre engagement au sérieux, avez-vous pensé qu’ELLE vous promettrait moins ? En vérité, cette vision se rapporte à chacun de nous ! Chaque chevalier devrait méditer profondément sur le « message » de cette vision afin de recevoir la même récompense : l’éternel couronne au paradis !

Examinons brièvement le message de la Reine à Son chevalier privilégié et à travers lui, à nous tous :

1. LA COURONNE : Alors que de nos jours presque tout le monde conçoit sa vie sur terre comme la chose la plus importante et souvent la seule digne d’importance, le message de la double couronne nous incline fortement vers l’éternité, et précisément vers la gloire éternelle et la victoire au paradis. Quiconque marche dans les traces de saint Maximilien se libérera de la pire de toutes les illusions, le maçonnique ou communiste « paradis sur terre ». Chacun se tourne vers l’horizontal, est constamment occupé par sa ridicule petite personnalité, se détourne du vertical, se concentre sur la terre au lieu du ciel, sur le temps au lieu de l’éternité, sur l’exil au lieu de l’éternel patrie. Notre-Dame, à travers cette promesse, fait comprendre à Maximilien Kolbe et à tous Ses chevaliers le sens de notre courte vie dans cette vallée de larmes : il n’y aura d’attente à avoir dans ce monde autre que préparation, pèlerinage, longs et laborieux efforts. Mais nos yeux, cœurs et âmes sont dirigés plus haut, en accord avec la promesse de Notre Seigneur : « Demeurez fidèles jusqu’à la fin, et vous gagnerez la couronne de vie ! » La promesse des deux couronnes correspond exactement aux magnifiques mots de Notre-Dame à Sainte Bernadette de Lourdes : « Je promets de vous rendre heureux, mais dans l’autre monde, pas dans celui-ci ! »

2. Quelle est précisément cette récompense ? C’est une double couronne, un double triomphe : blanc et rouge ! La couronne pour conserver l’héroïque pureté et pour donner son sang pour la gloire de Dieu et la salvation des âmes. Mais n’oubliez jamais qu’une couronne appartient par essence toujours au roi et à la reine. La couronne de gloire éternelle vous ne pouvez uniquement la trouver que sur la tête du Roi des Rois et/ou sur celle de Notre-Dame, reine du ciel et de la terre. Si Notre-Dame offre à notre saint une telle couronne et même une double couronne, cela veut précisément dire qu’il est invité à participer à la gloire et au triomphe de Notre-Seigneur et de Notre-Dame, et plus précisément : au Sacré-Cœur et au Cœur Immaculée de Marie ! Cela signifie encore : ma récompense éternelle et ma joie sont les trésors contenus dans le Sacré-Cœur et dans le Cœur Immaculée de Marie. Ces cœurs unis sont l’objet de mes désirs, mes méditations, ma gloire, ma joie et mon réconfort : mon unique et mon tout ! En réalité, toute la vie du Père Kolbe était une méditation constante sur sa merveilleuse Mamusia (petite Mère) et Hetmanka (commandant en chef) et à travers elle sur la beauté du Sacré-Cœur ! Ces Cœurs très sacrés devraient aussi être « notre unique et notre tout ».

3. En choisissant la fin, vous devez choisir les moyens. Si je veux obtenir la couronne de gloire, ma vie sur terre sera un effort permanent tel que celui que le père Kolbe nomme « Notre Idéal » : la couronne blanche – L’Immaculée, et à travers Elle, la couronne rouge – le Sacré Cœur (voyez l’acte de consécration). Il résumera toujours toute la vie spirituelle en deux termes : la pureté et le sang, la sainteté à travers la souffrance, la prière et le sacrifice. En d’autres termes la couronne blanche vous sera décernée si partout et toujours vous cherchez uniquement à réaliser la VOLONTE DE L’IMMACULEE, qui n’est rien d’autre que la virginité de l’âme, l’essence de la Pureté. Ceci il l’écrivit très clairement dans sa « Règle de Vie » à la fin de sa retraite en 1920 : « Je dois devenir un saint ! Je dois devenir un grand saint ! » Bien des fois il expliqua l’essence de la transformation en saint : la totale conformité avec la volonté de Dieu. Et il insista sur le fait que seule l’Immaculée a reçu la grâce de nous former, Ses enfants, à devenir saints : « notre degré de sainteté dépend de notre proximité avec l’Immaculée. […] Si vous voulez réellement vous sanctifier, rappelez-vous, la sanctification et la persévérance (dans la recherche de la sainteté) dépend de la dévotion à Notre-Dame »… « Permettez-Lui de vous guider, et vous serez vous-mêmes convaincus, que l’Immaculée est le plus court et le plus sûr chemin vers la sainteté. » La couronne blanche est la constante imitation de l’Immaculée jusqu’à ce que j’abandonne totalement ma propre volonté pour ne réaliser que ce qu’Elle désire ! ». La couronne rouge sera obtenue si vous êtes prêt à aimer Dieu « jusqu’à la fin » : le martyre est par essence « l’amour de Dieu à travers la souffrance », le plus grand amour est « de donner votre vie pour vos frères ». Ainsi, il parle et écrit sur ces thèmes tous les jours : « La vie de l’homme est faite de trois phases : la préparation au travail, le travail et la souffrance. A travers ces trois phases, Dieu nous amène à Lui. Plus une âme est fervemment dévouée à Dieu, plus tôt elle se prépare à cette troisième phase, afin de cimenter son amour pour l’Immaculée avec la souffrance née de l’amour. Car rien ne nous unit à l’Immaculée et ne nous renforce tant dans la charité que cet amour combiné à la souffrance pour l’amour. Précisément sur ce chemin de souffrance nous pouvons trouver si oui ou non nous Lui appartenons vraiment, sans réserve. Dans cette troisième phase de nos vies nous devons montrer le plus grand amour pour Elle, l’amour d’un Chevalier ! L’amour pour Dieu est perfectionné dans la souffrance, comme l’or est purifié dans le feu. Il est important de mentionner ici l’extraordinaire dévotion du saint au Saint-Sacrement et à la sainte messe. La messe quotidienne et l’heure sainte (obligatoires pour tous les frères de Niepokalanów, en dépit de leur emploi du temps surchargé) étaient pour lui les moments les plus importants de la journée. Pourquoi ? Parce que pour gagner la couronne rouge nous devons constamment être unis avec le Précieux Sang de Notre-Seigneur, coulant de Sa tête couronnée de la couronne d’épines et de Son cœur percé… présents dans le calice de la sainte messe. Quel programme pour chaque Chevalier, exactement comme Saint Louis Marie Grignon de Montfort décrivit « les apôtres des temps derniers » : Le crucifix dans la main droite, le Rosaire dans la main gauche ! Le crucifix est le sacrifice de Notre Seigneur sur la croix, présent lors de la sainte messe. Et celui qui vit la sainte messe en imitation constante et généreuse de Notre-Seigneur obtiendra la couronne rouge. Le rosaire est le symbole de la dévotion à Notre-Dame, tel une chaîne qui lie l’enfant à sa mère, le chevalier à sa reine. Celui qui maintient la vraie dévotion à Marie et L’accepte totalement et entièrement comme Mère et Reine, obtiendra la couronne blanche : Il recevra d’ELLE tous les fruits merveilleux de la sagesse et de la pureté.

4. Le quatrième message inclus dans cette vision : pour obtenir les couronnes, vous devez vous battre : et parce que les couronnes sont l’ultime récompense après la victoire finale, le combat durera tant que la vie elle-même et ce sera un combat héroïque ! Ainsi fut la vie de saint Maximilien : dès l’enfance il apprit qu’ELLE est « le commandant en chef » des armées chrétiennes, et où qu’ELLE apparaisse, le diable essaiera de La détruire de toutes ses forces, avec toute sa terrible colère. De l’autre côté, où que Satan règne, ELLE arrive afin « d’écraser sa tête ». L’Eglise sur terre est l’Eglise militante, et personne ne peut entrer dans le Royaume des cieux sans un combat permanent contre les ennemis internes (mauvais penchants, concupiscence) et externes (les armées innombrables du démon) jusqu’à la fin de sa vie. Ainsi, nous ne devrions ni imaginer ni désirer une vie douce et joyeuse sur terre sans les épreuves et batailles ; au contraire, se levant chaque jour, le Chevalier est prêt à une nouvelle journée de combat pour propager et conquérir le monde et les âmes pour « la Cité de Dieu ».

5. Une dernière considération : comment se battre ? A nouveau, voyez le très simple exemple de notre saint : vous devez penser aux couronnes (méditations), vous devez les demander (prières), vous devez prendre les moyens. Si vous voulez recevoir les couronnes, alors vous devez d’abord désirer et collaborer afin que tous puissent reconnaître et se soumettre au Roi des Rois à travers notre Reine du Ciel. Vous devez travailler au triomphe du Sacré-Cœur de Jésus, du Cœur Immaculée de Marie dans tous et chacun des cœurs en particulier : en d’autres mots, être Son dévoué chevalier, instrument à travers laquelle la Médiatrice de toutes les grâces peut envoyer les rayons de grâce dans de nombreuses âmes pour leur conversion et sanctification. Et comment ferez-vous cela ? Quelles sont les armes pour faire connaître et aimer Jésus et Marie ? Encore une fois : prières, sacrifices, volonté de l’Immaculée et tous les autres moyens à la portée de votre zèle et de votre générosité. Les mêmes moyens pour inviter d’autres âmes à obtenir les couronnes et aller au paradis sont les pratiques concrètes pour obtenir votre propre récompense : ce que vous faites pour les autres, vous le faites deux fois pour vous-mêmes !

 

A la fin juillet, saint Maximilien entra dans le donjon avec 9 autres condamnés ; marchant vers la plus terrible des morts, il mena tous ces principes et inspirations de la double couronne jusqu’à leur ultime réalisation : tel qu’il vécut, il mourut !

Puissent son exemple et son intercession nous rendre toujours plus généreux, afin que nous puissions entendre un jour des lèvres de notre Sauveur : « Viens maintenant, bon et dévoué chevalier, reçois les couronnes que je t’ai promises quand tu décidas de devenir le soldat de Ma Mère, le CHEVALIER DE L’IMMACULEE ! »

Jour de la fête de Sainte Anne, le 26 juillet 2016

Avec ma bénédiction,

Votre dévoué,

Abbé Karl Stehlin

P.S. Permettez-moi de joindre une interview avec Michael Micherdzinski, l’un des derniers témoins du sacrifice héroïque de saint Maximilien. Cette interview a été réalisée par le père franciscain Witold Pobiedzinski en 1998 et fut publiée dans les journaux polonais. Incidemment, le père Witold Pobiedzinski a rejoint la Tradition catholique en 2011 et vit depuis au prieuré de la FSSPX à Varsovie, en Pologne.